Haar et Brougham étudient empiriquement comment l'automatisation et l'IA modifient l'identité occupationnelle des travailleurs. Leurs résultats montrent que la perception de l'automatisabilité de son propre emploi affecte directement la valeur que l'individu attribue à son identité professionnelle.
L'identité occupationnelle désigne le sens que les individus tirent de leur appartenance à un métier ou une occupation spécifique. « Je suis comptable », « je suis infirmière », « je suis développeur » : ces identifications ne sont pas de simples étiquettes, elles portent des valeurs, une fierté, un sentiment d'appartenance à un groupe. Haar et Brougham se demandent ce qui advient de cette identité quand l'individu perçoit que son occupation est partiellement ou totalement automatisable. La question est d'autant plus actuelle que les discours médiatiques énumèrent régulièrement les « métiers menacés par l'IA ».
Les auteurs s'appuient sur le Motivated Identity Construction Model (Vignoles et al.) qui postule que les identités sont motivées par plusieurs besoins fondamentaux : le besoin d'estime (mon identité me valorise), le besoin de continuité (mon identité est stable), le besoin de distinction (mon identité me distingue) et le besoin de sens (mon identité donne une direction à ma vie). L'automatisation menace potentiellement chacun de ces besoins : elle dévalorise l'identité (si une machine fait le même travail), rompt la continuité (si le métier disparaît), efface la distinction (si tout le monde peut être augmenté de la même façon) et dissout le sens.
L'étude utilise un échantillon large de travailleurs néo-zélandais dans des secteurs variés. Un questionnaire mesure la perception de l'automatisabilité de son propre emploi (STARA awareness), l'identité occupationnelle (force et valence), et les indicateurs de bien être professionnel. L'avantage de cette approche à grande échelle est de permettre des comparaisons entre secteurs et niveaux de qualification, révélant des patterns qui ne seraient pas visibles dans une étude de cas unique.
Les résultats montrent une relation négative significative entre la perception d'automatisabilité et la valeur accordée à l'identité occupationnelle. Plus un individu perçoit que son emploi peut être automatisé, moins il investit émotionnellement dans son identité de métier. Ce résultat est préoccupant car l'identité occupationnelle est un prédicteur robuste de l'engagement, de la satisfaction et de la résilience. Sa corrosion par la perception d'automatisabilité risque donc de produire des effets en cascade sur de multiples indicateurs de santé au travail.
L'étude identifie des facteurs qui modèrent cette relation négative. Le soutien organisationnel perçu atténue l'effet corrosif de l'automatisabilité sur l'identité : quand l'organisation est perçue comme attentive et protectrice, la menace identitaire est moins intense. De même, les opportunités de développement professionnel jouent un rôle tampon : elles signalent que l'organisation investit dans l'avenir du salarié malgré la menace technologique. Ces résultats de modération pointent vers des leviers d'action concrets.
La simple perception que son métier est automatisable suffit à corroder l'identité professionnelle d'un collaborateur. N'attendez pas que l'automatisation soit effective pour agir. Communiquez proactivement sur les aspects de chaque métier qui restent hors de portée des machines. Offrez des perspectives de développement qui démontrent concrètement que vous investissez dans l'avenir humain de votre organisation.
Nach et al. (2009). A Model of Individual Coping with Information Technology Challenges to Identity
Gull et al. (2023). Investigating the Role of Affective Job Insecurity in the Relationship between AI Identity Threat and Employee Well-Being
Scarbrough et al. (2024). The AI of the Beholder: Intra-professional Sensemaking of an Epistemic Technology
Référence : Haar, J., & Brougham, D. (2021). Automation and work: How technology changes occupational identity. Journal of Occupational Health Psychology.
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