Cette recherche examine les processus par lesquels des professionnels de secteurs variés construisent du sens face à l'intelligence artificielle qui transforme leur activité. Les résultats révèlent que l'acceptation passe par un travail cognitif et émotionnel de réinterprétation continue de sa propre trajectoire professionnelle.
Les auteurs partent du constat que l'IA génère chez les professionnels un sentiment d'incertitude radicale. Contrairement à une technologie dont on peut anticiper les effets, l'IA évolue si vite que personne ne sait vraiment ce qu'elle sera capable de faire dans cinq ans. Cette incertitude ontologique déclenche un besoin intense de sensemaking : les professionnels doivent construire un récit cohérent de leur avenir dans un monde où les règles changent sans arrêt.
L'étude s'inscrit dans la tradition weickienne du sensemaking (Weick, 1995). Elle postule que les individus confrontés à une disruption ne réagissent pas de manière purement rationnelle : ils construisent des interprétations plausibles à partir de fragments d'information, d'émotions et de récits partagés. Le sens n'est pas trouvé, il est fabriqué collectivement et progressivement.
Les chercheurs ont suivi des professionnels sur plusieurs mois à travers des entretiens répétés. Cette dimension longitudinale est précieuse car elle permet d'observer comment les interprétations évoluent avec l'expérience. Un professionnel qui rejette l'IA en janvier peut l'avoir intégrée à son identité en septembre, et vice versa.
Un résultat central est que le sensemaking n'est pas un processus solitaire. Les professionnels élaborent leurs interprétations dans les conversations avec les collègues, les échanges informels, les formations et les conférences. Ceux qui sont isolés dans leur réflexion vivent plus mal l'incertitude que ceux qui peuvent la verbaliser et la partager.
La conclusion la plus forte de l'étude est que les professionnels qui s'adaptent le mieux ne sont pas ceux qui trouvent une réponse définitive à la question « que va devenir mon métier ? ». Ce sont ceux qui acceptent de vivre dans l'incertitude et qui développent une capacité à se réinventer continuellement. L'adaptation n'est pas un événement ponctuel mais une posture permanente.
Organisez des temps réguliers (mensuels par exemple) où vos équipes peuvent discuter ensemble de ce que l'IA change dans leur travail. Ne cherchez pas à fournir des réponses définitives : l'objectif est de normaliser l'incertitude et de construire collectivement des repères provisoires que l'on ajustera au fil du temps.
Shonhe et al. (2025). Mitigating AI-Induced Professional Identity Threat and Fostering Adoption in the Workplace
Li (2026). AI Sensemaking and Adaptation through Knowledge Workers' Career Transition Narratives
Faulconbridge et al. (2024). How Professionals Adapt to Artificial Intelligence: The Role of Intertwined Boundary Work
Référence : Accepting the future as ever-changing: Professionals' sensemaking about artificial intelligence. (2024).
Fagonner son travail : les salaries qui transforment leur poste de l'interieur
L'IA generative comme levier de job crafting : les premieres preuves empiriques
Job crafting dans le secteur public face au numerique : quelle marge ?
Resilience face a l'IA : les profils qui s'en sortent le mieux
Les travailleurs du savoir face à l'IA : des récits de transformation
L'entretien comprehensif : la methode qualitative qui donne la parole aux gens
Vivre ensemble mais seuls : le paradoxe de l'individualisme contemporain
L’expérience client repose sur une connexion émotionnelle, une constance irréprochable et un équilibre harmonieux entre humain et digital.
Les récompenses variables peuvent être comparées aux machines à sous.
Le leadership efficace est moins une question de pouvoir formel qu'une compétence relationnelle