Cette contribution théorique propose une perspective fonctionnelle de l'identité pour analyser les transformations du travail liées à l'IA. Les auteurs arguent que la question centrale n'est pas « quels emplois disparaîtront ? » mais « comment les travailleurs maintiendront ils un sentiment de cohérence identitaire dans un monde professionnel en recomposition permanente ? »
Le débat public sur l'IA et l'emploi se concentre sur les chiffres : combien d'emplois seront détruits, combien seront créés ? Les auteurs argumentent que cette approche quantitative manque l'essentiel. Même quand l'emploi est préservé, le contenu du travail change, et avec lui l'identité de ceux qui l'exercent. La souffrance au travail ne vient pas seulement de la perte d'emploi mais de la perte de sens.
Les auteurs développent le concept d'identité fonctionnelle pour désigner la part de l'identité directement liée à ce que l'on fait au travail. Contrairement à l'identité organisationnelle (liée à l'entreprise) ou à l'identité professionnelle (liée au métier), l'identité fonctionnelle est liée aux gestes, aux routines et aux compétences mobilisées quotidiennement. C'est cette couche qui est la plus directement menacée par l'automatisation.
La thèse est que l'IA ne menace pas seulement des tâches isolées mais des identités fonctionnelles complètes. Quand un système automatise la tâche centrale d'un poste (celle qui donne son sens au travail), il ne reste qu'une coquille administrative vidée de sa substance identitaire. Les auteurs distinguent les tâches « identitairement chargées » (celles qui définissent qui l'on est) des tâches périphériques (celles que l'on exécute sans s'y identifier).
L'implication pratique est forte : lors du déploiement d'une IA, il ne suffit pas d'analyser quelles tâches sont automatisables. Il faut identifier quelles tâches portent la charge identitaire des individus et protéger ou redéfinir celles ci en priorité. Un déploiement qui automatise uniquement les tâches périphériques sera bien vécu ; un déploiement qui touche au cœur identitaire provoquera une résistance proportionnelle à la menace.
Avant chaque projet d'automatisation, demandez à vos collaborateurs non pas « quelles tâches faites vous ? » mais « quelles tâches donnent du sens à votre travail ? ». Protégez ces tâches en priorité ou, si elles doivent évoluer, accompagnez la reconstruction du sens autour de nouvelles activités.
Blazejewski et al. (2018). Identity threats in technological change contexts
Li (2026). AI Sensemaking and Adaptation through Knowledge Workers' Career Transition Narratives
Faulconbridge et al. (2024). How Professionals Adapt to Artificial Intelligence: The Role of Intertwined Boundary Work
Référence : Artificial intelligence and the future of work: A functional-identity perspective. (2024).
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